Eloge de l’écriture

Il est des actions qui dépassent le statut de passe-temps et de passion pour pénétrer dans la sphère du besoin vital, maïeutique, salvateur. L’écriture, pour beaucoup, est de ceux-là. Hommage rendu à l’art des mots tracés ou pianotés.

Observation, pulsion, réflexion, éruption. Tous ces ions qui s’enchaînent, sans qu’aucune explication scientifique ne les justifie, c’est ce qui se produit lorsqu’un individu porte en lui des mots, les couve, prend soin de cette grossesse et enfin, accouche lorsqu’elle arrive à son terme.

Car, pour qui comprend et vit l’écriture, les mots sont comme nos enfants : on les désire, on les imagine, on les conçoit, on les porte plus ou moins longuement, on les aide à naître, on les admire, on en est fiers. En un mot, on les aime.

Parfois, ils nous déçoivent, nous impatientent, s’absentent, fuguent. Le petit enfant couvé, balbutiant, apprend à marcher, à voler et se mue en un adolescent rebelle. Le rapport aux mots est une personnification à part entière, c’est notre œuvre. Nous donnons vie aux mots et nous les élevons en les observant se développer. Car le style évolue, en se pratiquant. Du primaire, il atteint le secondaire.

Pour être de bons parents, nous prenons exemple sur nos aînés de plume. Et Dieu sait s’ils sont nombreux ! En effet, pour être mature, l’écriture se nourrit d’abord et toujours de lecture. Et pas n’importe laquelle ! La Littérature, bien plus qu’une science humaine, est un art d’initiés, un art majeur ! Ici aussi, il y a matière à se tromper de modèles.

La vague se forme alors. Grossit, grimpe au ciel, jusqu’à se briser en éclats d’écume. Et c’est alors qu’on l’admire le plus. Cette métaphore, parmi tant d’autres, représente, à sa manière, l’écriture.

Pour résumer cette idée, nous citerons le titre hugolien de « tempête sous un crâne ». Puissance, violence parfois, beauté surtout, remous, lames de fond, forts courants…  C’est tout cela qui navigue en nous lorsque l’écriture est imminente.

Calmes plats, s’abstenir ! Si nous aimons parfois faire la planche, l’angoisse est proche lorsque cette dernière reste blanche trop longtemps…

On accorde publiquement à l’écriture l’appellation de thérapie. Malgré la laideur du mot, il est justifié. Et si nous l’appelions plutôt religion ? Car l’écriture tend vers le divin. Elle sauve, elle ressuscite, elle soulage, elle purifie, elle recueille, elle rassemble, elle nous apprend de l’infini, de notre valeur propre, de l’amour. Tout à la fois église, cierge, prière, ange gardien et communion avec Dieu, pour ceux qui y croient.

Enfant, océan et divin. Trois emblèmes choisis ici, qui animent l’âme de l’auteure de ces lignes. Trois des plus belles images qui soient au monde, pour elle. Trois de ses raisons de vivre. Elles n’étaient pas de trop pour donner un aperçu de ce que peut représenter l’écriture pour elle. Un amour qui, comme tout amour, ne s’explique pas vraiment, ni entièrement, mais dont on peut décrire certains de ses aspects avec ferveur, joie et dévotion. Et c’est d’ailleurs l’inexpliqué qui incarne le plus grandiose.

J’écris, donc je suis.

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